Un progetto commune della Coalizione svizzera per la diversità culturale et la Commissione svizzera per l’UNESCO
Testo del rapporto
Addizioni e discussione
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I esperti del gruppo
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Le théâtre, le plus public de tous les arts, a connu plusieurs processus de transformation dynamiques au cours de son histoire. Le mot théâtre couvre aujourd’hui des formes aussi différentes que le théâtre municipal avec ses trois disciplines, la production de «musicals» obéissant aux lois globales du marché ou la performance avant-gardiste mêlant théâtre et danse. Partant de la polysémie historique du terme «théâtre», le groupe d’experts a distillé un cadre de référence matériel qui englobe l’environnement social du théâtre et fait d’une définition fonctionnelle basée sur la chose démocratique le point de départ de ses réflexions.
Dans la perspective d’un resserrement de l’objet sur la protection et l’encouragement de la diversité culturelle, le groupe d’experts s’est concentré sur quelques aspects de la vie théâtrale. Il expose en première ligne la situation en Suisse alémanique, mais signale que la thématique doit aussi entrer dans la conscience politico-culturelle des régions latines du pays.
La création théâtrale s’entend le plus souvent comme un moyen de réflexion sociale et politique, comme une force de cohésion sociale fournissant une impulsion rationaliste marquée. Le théâtre pose un rapport passionnant avec les conditions locales de par l’immédiateté et la sujétion spatiale de sa communication. Cette conscience critique et ce lien à des lieux spécifiques sont à la fois un élément essentiel de la légitimation politico-culturelle de l’encouragement public du théâtre et la base de la plus grande diversité de la vie théâtrale en Suisse.
On observe depuis quelques années des tendances qui, pour des motifs économiques et politiques, déplacent les «dramaturgies» théâtrales vers d’autres champs d’activité sociaux («events» en tant qu’instruments de marketing, «dramatisation» de la formation de la volonté politique, entre autres). Le théâtre est de plus en plus perçu comme une forme d’effet calculé via la mise en scène qui contrecarre le principe de communication réciproque. Si la perception publique du théâtre devait évoluer encore davantage dans cette direction, sa base de légitimation menacerait de s’éroder.
Les réflexions théoriques culturelles abordées sont intéressantes à trois niveaux pour la diversité des formes d’expression culturelles dans le domaine du théâtre:
1. Elles constituent une approche permettant de saisir la dimension qualitative de la diversité des formes d’expression culturelles, d’identifier et d’évaluer les processus de mutation.
2. Elles offrent des bases d’argumentation dans les processus de décision politico-culturels.
3. Elles peuvent servir aux professionnels du théâtre de point de départ de stratégies esthétiques et communicatives afin de réagir artistiquement aux processus de mutation.
Si on considère la vie théâtrale suisse de manière superficielle, le principe de la diversité des formes d’expression théâtrales semble être largement réalisé: théâtre municipal, scène indépendante et autres programmes proposent une offre large, allant de la «conservation du patrimoine» aux formes théâtrales plus avancées. La Suisse dispose en outre d’un riche paysage de théâtre amateur, dans toutes les régions linguistiques, qui entretient l’héritage populaire et est ouvert aux formes théâtrales novatrices.
Pourtant, les développements actuels montrent que la diversité des formes d’expression théâtrales est mise de plus en plus sous pression. Trois exemples illustrent ce constat:
Berne: A la lumière des débats menés sur l’avenir du paysage théâtral dans la capitale fédérale et contre l’intention d’arrêter le ballet en tant que discipline du théâtre municipal, au bénéfice de la danse contemporaine indépendante, il faut dire clairement que les formes, les genres et les branches du théâtre ont des fonctions et des publics différents, et qu’ils se complètent dans le sens d’une diversité vivante.
Bâle: Il en va de même de la discussion qui perdure depuis neuf ans sur l’avenir de l’espace culturel qu’est la Kaserne de Bâle, un des hauts lieux de la danse et du théâtre indépendants en Suisse. L’histoire théâtrale locale des vingt dernières années montre que l’évolution des contenus et de l’esthétique du théâtre municipal tire des impulsions décisives des innovations de la scène indépendante. Si aucun mandat de prestation formulé de manière offensive n’est donné à la Kaserne de Bâle, accompagné d’un financement approprié, toute la vie théâtrale bâloise en sortira appauvrie.
Lucerne: La réforme des finances et des communes adoptée en 2008 a substantiellement modifié la structure de l’encouragement culturel. Elle en transfère des instruments importants du canton aux communes, qui ne disposent souvent ni de l’expérience des procédures et des critères, ni des ressources suffisantes pour s’acquitter de leurs nouvelles tâches. Le risque existe que le paysage naguère varié et vivant du théâtre populaire et du théâtre amateur ne soit pénalisé durablement par la surcharge structurelle.
L’encouragement de la culture pratiqué à Lucerne permet également d’observer la tendance à privilégier les aspects économico-culturels. On y favorise une culture propice au tourisme aux dépens d’un frottement passionnant entre théâtre populaire et théâtre amateur, théâtre municipal et scènes locales indépendantes. Cet exemple montre combien la diversité culturelle est un thème transversal qui intéresse la politique culturelle, la politique économique et la politique sociale, et qui doit par conséquent être abordé à grande échelle:
La diversité actuelle de la scène théâtrale accuse des déficits en ce qui concerne la perception et le reflet des évolutions démographiques. D’une part, on constate une pluralisation des formes d’expression culturelles, en raison notamment des mouvements migratoires; d’autre part, ces influences ne bénéficient pas dans les programmes de théâtre de l’importance qui devrait leur revenir dans la perspective de la participation culturelle active de la population à la vie théâtrale. Formulé plus directement: la perception des cultures théâtrales étrangères se limite à de rares festivals méritants et aux représentations moins méritantes de tournées commerciales dans lesquelles s’exprime une définition néocoloniale de la culture via la «folklorisation» des cultures théâtrales.
Les motifs de ces déficits résident notamment dans la perception spécialisée et répandue du théâtre hautement culturel, qui trouve son origine dans l’institutionnalisation du théâtre en tant que lieu de culture (éducative) bourgeoise. Pour exploiter toutes les possibilités de la diversité théâtrale et de la participation des groupes de population jusqu’ici exclus, le groupe d’experts formule les recommandations suivantes:
Dans la perspective du développement vivant de la diversité des formes d’expressions culturelles, le groupe d’experts salue les efforts engagés par le théâtre institutionnalisé pour faire participer à ses programmes des groupes de population de toutes origines, de tout niveau d’éducation et de tous âges. L’éducation théâtrale institutionnalisée des enfants et des adolescents s’inscrit dans ces efforts.
Les projets d’éducation, pour certains interdisciplinaires, initiés dans les théâtres municipaux de Zurich et Bâle, en collaboration avec des institutions scolaires, sont une tentative prometteuse. La question se pose toutefois de savoir s’ils ne servent pas trop l’autoreprésentation publique au détriment d’un élargissement productif de l’image de soi qu’à la créativité volontaire des jeunes gens. Une instrumentalisation des enfants et des adolescents concernés en tant que support politico-culturel ne sera évitée que si les projets participatifs deviennent partie intégrante des institutions professionnelles, c’est-à-dire ont un accès substantiel aux ressources (ateliers, services techniques, budget).
L’éducation culturelle trouve bel et bien son fondement principal dans la disposition des institutions éducatives à inscrire la culture et le théâtre dans leurs programmes. La «réforme» des institutions scolaires et les mesures d’économie, parmi lesquelles des coupes budgétaires qui font obstacle aux projets, cours et fréquentation théâtraux, font peser une menace aiguë sur l’éducation culturelle dans les écoles. Ces développements non seulement ôtent au théâtre un segment de public important, mais coupent aussi la possibilité d’attirer les jeunes vers des réflexions théâtrales sur des questions de vie et de société.
Les professionnels du théâtre comme les politiques qui s’occupent de culture doivent donc s’engager activement pour atteindre les objectifs suivants:
Le théâtre pour enfants et le théâtre pour adolescents ont acquis un profil artistique propre et sont aujourd’hui perçus comme une discipline autonome. Jusque dans les années 1990, la création suisse dans ce domaine était considérée comme l’une des plus inventives et novatrices d’Europe et elle était représentée dans tous les festivals internationaux importants. Plus récemment, on a observé un recul frappant dans cette discipline. La fermeture dernièrement de la division théâtre pour enfants et adolescents à la Haute école des arts de Zurich en est la preuve la plus visible.
Pour redonner au théâtre pour enfants et au théâtre pour adolescents l’importance qui leur revient dans la conservation et l’encouragement des formes d’expression culturelles, les actions suivantes s’imposent:
Le théâtre populaire et le théâtre amateur sont un élément central de la diversité théâtrale, surtout dans les régions rurales. Ils sont aussi l’expression de la conscience locale et de l’organisation de la société civile. C’est pourquoi:
Tout comme dans d’autres domaines culturels, le multilinguisme de la Suisse n’est suffisamment pris en compte ni dans les programmes, ni dans les relations (d’échange) entre les institutions théâtrales existant entre les différentes régions du pays. Parce que les différentes cultures théâtrales s’orientent en fonction des contenus, des formes et de l’institutionnalisation du grand pays voisin, on constate un large désintérêt réciproque chez les professionnels du théâtre et dans le public. Le projet d’échange théâtral Transhelvetia, soutenu par plusieurs fondations, montre bien par son caractère unique combien les cultures théâtrales des différentes régions suisses sont éloignées les unes des autres. Seule l’initiative nationale Reso. réseau danse suisse réalise, dans le domaine de la danse contemporaine, un encouragement et une coordination systématiques et transversaux. Dans le domaine des échanges culturels à l’échelle nationale, les besoins sont frappants:
Les scènes du «théâtre indépendant» doivent être incitées à considérer davantage la diversité des formes d’expression théâtrale. Il s’agit de reformuler et de promouvoir un échange culturel international, basé sur le principe de la coopération sur un pied d’égalité, par le biais de spectacles et de coproductions, tenant particulièrement compte des groupes de population vivant en Suisse. Voici notre recommandation:
Hans J. Ammann. Dramaturge et metteur en scène. Ancien directeur du Städtebundtheater Bienne Soleure. hjammann@hispeed.ch
Brigitte Heusinger. Dramaturge Opéra au Theater Basel. b.heusinger@theater-basel.ch
Peter-Jakob Kelting (Commissaire). Dramaturge et directeur de production. peejott@hotmail.com
Stefan Koslowski. Expert en sciences du théâtre et de la culture. stefan.koslowski@gmx.ch
Walter Küng. Arts de la scène/Interprétation théâtrale. kueng-walter@bluewin.ch
Sandro Lunin. Directeur artistique Theaterspektakel. sl@theaterspektakel.ch
Louis Naef. Dramaturge et metteur en scène. louisnaef@bluewin.ch
Salome Schneebeli. Chorégraphe et danseuse. seschneebeli@sunrise.ch