Un progetto commune della Coalizione svizzera per la diversità culturale et la Commissione svizzera per l’UNESCO
Testo del rapporto
Addizioni e discussione
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I esperti del gruppo
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La diversité culturelle passe en premier lieu par l’école. Mais d’autres relais ont un rôle actif comme les activités culturelles promues par les communes et la société civile.
L’école a une mission: transmettre la culture, le savoir et les valeurs de notre pays par lesquels il se définit, s’humanise et assure son bien-être. Elle remplit une fonction essentielle à la perpétuation de la démocratie par la formation des futurs citoyens.
L’Instruction publique est le fruit de la volonté générale; c’est pourquoi elle est confiée à une institution d’Etat et ses enseignants sont certifiés par une nomination. Ses contenus ne doivent ni être subordonnés à des intérêts privés ni ne peuvent être régulés par les lois du marché.
L’école doit donner les connaissances et les outils pour lire le monde dans sa diversité. Face à l’énorme profusion de moyens d’information (Internet, images, TV, médias), il faut, sur un socle de connaissances solide, former les jeunes à maîtriser les sources d’information, trier, ordonner et prendre une distance critique.
La volonté de «standardiser» l’enseignement ne répond pas à des besoins pédagogiques légitimes. C’est par les enseignants, leur culture et leur professionnalisme que passe le savoir et non par les systèmes. Méthodes et procédures sont de leur compétence et doivent rester les plus souples possibles pour répondre à la très grande diversité de situations qui caractérise notre société.
La démarche scientifique a souffert d’une double dévalorisation: rejetée par certains milieux à cause de retombées jugées néfastes (nucléaire, OGM…); ou réduite à ses réalisations porteuses de profit.
Une survalorisation des connaissances «utiles» pour le marché du travail conduit à introduire des spécialisations au détriment de disciplines comme les arts. C’est une illusion de vouloir anticiper au nom de ce qui serait utile pour le marché du travail.
Les civilisations modernes passent par l’écriture. Toute l’aptitude à étudier, s’informer et penser repose sur elle. L’illettrisme est un facteur majeur d’exclusion sociale et culturelle:
La CDIP généralise au pas de charge l’introduction de deux langues étrangères en 3ème et 5ème primaire. Au moment crucial où le retard en lecture - qui touche un élève sur cinq ou six - devrait être détecté et compensé par des mesures adaptées. Cette mesure pénalisera irrémédiablement les élèves les plus faibles; or les résultats très décevants de l’enseignement précoce obtenus jusqu’à présent n’autorisent pas les assurances officielles.
La langue territoriale du lieu d’étude est à la fois la langue d’intégration, d’étude et de conceptualisation. Elle doit être maîtrisée dans tous ses aspects oraux et écrits. C’est probablement son enseignement qui a subi la plus grande régression cette dernière décennie.
On observe une tendance, parallèlement à la volonté de «standardisation de l’enseignement», à l’uniformisation du matériel scolaire, en particulier dans l’enseignement des langues, qui obéit plus à des impératifs commerciaux qu’à des nécessités pédagogiques.
Les récents constats de PISA ont montré à quel point l’environnement familial et social jouent un rôle important dans la réussite ou l’échec scolaire. Aussi, l’instruction publique doit pouvoir s’appuyer sur des relais extérieurs.
La politique de démocratisation des études des années 1960-80 avait beaucoup insisté sur tous les instruments permettant de compenser les carences familiales pour la réussite scolaire: création de bibliothèques, de services d’aide à l’étude (appuis, conseils, etc.), lieux de repos pour les enfants qui ne peuvent rentrer chez eux, cuisines scolaires à bas prix, conseils aux parents, etc. Or, ce sont ces aides qui ont le plus pâti des politiques d’économie des années 1990.
En outre, l’école n’est pas le seul lieu d’éducation culturelle. Centres de jeunes, maisons de quartier, accueil de nouveaux arrivants devraient faire partie des politiques cantonales et municipales qui relaient l’effort scolaire.
Des musées, lieux de concert, théâtres institutionnels, centres culturels ont développé dès les années 1960 des politiques de sensibilisation de la population à la culture encouragées par les collectivités publiques, en premier lieu les villes, les communes et subsidiairement l’Etat. Ces institutions culturelles contribuent à l’encouragement de la culture.
La Suisse est riche d’une société civile importante et très diversifiée qui joue à la fois un rôle stabilisateur de la démocratie et intégrateur. De nombreuses associations donnent l’occasion de pratiquer une activité culturelle en amateur dans le théâtre, la musique, la danse, les ciné-clubs. Elles doivent être encouragées.
Langues nationales, langues de culture, langues de communication internationale, langues de l’immigration ont chacune leur place dans notre pays. Le renversement des priorités historiques dans les années 1990 et des promesses pour le marché du travail qui doivent plus à la publicité qu’aux possibilités réelles ont introduit une grande confusion.
S’il est important d’accorder considération et accueil aux populations immigrées (en encourageant notamment la transmission de leur culture d’origine) et d’assurer une ouverture sur le monde par les langues internationales, cependant la continuité historique et la stabilité d’un pays sont établies par la citoyenneté et ses langues. Qu’une partie majoritaire de la Suisse allemande pense s’identifier par l’anglais avant le français ne peut rester sans conséquences à long terme pour la cohésion de la Suisse et son choix historique d’une identité multilingue qui nous a garanti depuis un siècle et demi la paix civile. Le vote extrêmement polarisé des Chambres fédérales de 2007 sur la priorité aux langues nationales ou la liberté laissée aux cantons ne saurait être le dernier mot.
L’opposition entre la 2ème langue nationale et l’anglais est un faux problème qui relève d’une confusion sur les objectifs assignés à l’acquisition de l’une et de l’autre. La plupart des étudiants sont appelés à utiliser l’anglais au cours de leurs études. Jusqu’à présent, ils s’en accommodaient très bien avec le bagage acquis au secondaire, qu’on pourra compléter par des cours universitaires ciblés dans le domaine d’étude.
La Conférence des directeurs des Hautes écoles pédagogiques (COHEP) a énoncé des recommandations visant à encourager la mobilité des jeunes en formation, et chargé son «groupe mobilité» d’en préciser les modalités avec un début de concrétisation en Valais bilingue où les maîtres en formation passent désormais un an sur trois dans l’autre région linguistique du canton (Brigue et/ou Monthey). Fribourg va dans le même sens.
Parallèlement, en mars 2008, la Société suisse des professeurs de l’enseignement secondaire SSPES adoptait le projet Pour un Erasme helvétique, fruit d’un travail de plusieurs années de sa Commission langues vivantes. Il s’agit d’encourager par des mesures incitatives les étudiants à passer une partie ou la totalité de leurs études dans une autre région linguistique de sorte qu’à moyen terme, cette mobilité devienne un usage généralisé. Le sortir de l’adolescence est un moment de la vie particulièrement favorable à la mobilité. L’avantage pour le pays d’un parcours d’étude dans une 2ème langue nationale est double: former des élites familiarisées aussi bien avec une autre langue nationale qu’avec des modes d’être de ceux qui la parlent.
Aujourd’hui, la scolarité s’est prolongée jusqu’à 18-20 ans pour plus de 80% des jeunes. Tout n’est pas joué à 12 ans, ni à 15 ans; c’est un fait dont il faudra tenir compte avant d’introduire l’enseignement de deux langues précoces qui pénalisera lourdement les élèves en difficulté dans l’apprentissage de la première langue.
L’école est le lieu central de socialisation des nouvelles générations. Les enfants et les jeunes vivent dans l’immédiat, et leur immédiat, c’est leur environnement actuel. Leur vécu scolaire est donc absolument déterminant. Il est un creuset de la diversité culturelle à trois conditions:
a) Un corps enseignant formé à la diversité culturelle et à la tolérance
Il convient d’être extrêmement attentif à la formation culturelle et civique des enseignants et des responsables scolaires en intégrant dans leur formation une connaissance de la question et des mécanismes de dialogue désamorçant les conflits identitaires et de promouvoir une Education à l’interculturalité.
b) Un vécu scolaire respectueux de tous et exempt de stigmatisations
Le plus sûr vecteur de tolérance entre les cultures, c’est le vécu au sein de l’école d’une cohabitation pacifique entre élèves avec leurs cultures, acceptant les différences sans les stigmatiser. Cette cohabitation doit être garantie par une attention rigoureuse à toute manifestation d’intolérance et une délimitation claire des revendications identitaires qui s’opposent aux valeurs humanistes. Ce n’est pas la promotion du n’importe quoi, mais au contraire une défense sans concession de la diversité culturelle fondée par la connaissance. L’école doit être un lieu de tolérance active, c’est-à-dire que tous ses acteurs doivent y être formés et adhérer aux valeurs du «contrat social» qui unifie la société.
c) L’intégration dans l’enseignement des valeurs fondant le respect de la diversité
Un enseignement moderne, intégrant les avancées de l’anthropologie, doit montrer l’homme dans sa diversité tant culturelle que «physique» sans vouloir établir de hiérarchie; il est une contribution non négligeable tant à la tolérance qu’à la perception de la diversité.
L’école seule ne peut faire face à des incivilités d’enfants vivant dans des cités criminogènes; la tolérance et la civilité passent aussi par des rapports de voisinage maîtrisés. Autorités urbaines et cantonales, de même que des associations de la société civile ont un devoir éducatif en créant les conditions de rapports de voisinage pacifiés.
La montée d’une sensibilité à l’écologie est un facteur favorable à une réflexion et des réalisations tenant compte du rapport population-environnement et des besoins culturels. L’habitat est un élément essentiel d’intégration ou de discrimination. Qu’on parque des minorités ethniques dans un lieu, mal aménagé au surplus, et naît déjà l’enfermement idéologique de la monoculture et des manifestations d’exclusion.
L’importance des associations de quartier dans les villes ou les communes.
Centrées sur l’environnement immédiat, les associations de quartier ouvrent un espace d’expression à la population telle qu’elle se présente indépendamment des origines.
Sans entrer dans le détail, on remarquera que les amples mouvements musicaux «underground» ou «alternatifs» qui ont mobilisé une partie de la jeunesse depuis les années 1980 ont largement contribué à une familiarisation avec d’autres formes d’expressions culturelles qui n’étaient pas transmises par l’enseignement et nos traditions familiales.
Texte original: français
Erica Deuber Ziegler. Historienne de l’art. jeziegler@vtxnet.ch
Christa Dubois-Ferrière. Professeur d’allemand de Gymnase. christa.dubois-ferriere@edu.ge.ch
Ninian Hubert van Blyenburgh. Chargé de cours aux Universités de Genève (histoire de l’anthropologie) et de Neuchâtel (muséologie). ninian.hubert@unige.ch
Gérald Morin. Producteur de films (Almaz Film) et professeur de cinéma à l’ECAV de Sierre; rédacteur responsable du magazine «CultureEnjeu». ger.morin@gmail.com
Marco Polli (Commissaire). Professeur d’allemand, de philosophie et d’informatique retraité, secrétaire général de la Fédération suisse des sociétés théâtrales d’amateurs. Linguiste. mpolli@infomaniak.ch